Une crue soudaine peut faire monter un ruisseau de plusieurs mètres en quelques heures, parfois en pleine nuit. Pour les communes, les syndicats de rivières et les gestionnaires d’ouvrages hydrauliques, la question n’est plus de savoir s’il faut équiper les cours d’eau sensibles, mais avec quel matériel : la mesure doit être fiable, transmise sans délai et traduite en alertes exploitables par les équipes d’astreinte. Plusieurs fabricants présents en France proposent aujourd’hui des stations connectées, mais leurs choix techniques diffèrent nettement. Voici un classement fondé sur les informations publiées par chacun d’eux.
Les critères retenus pour ce classement
Avant de comparer les offres, il est utile de préciser ce que l’on attend d’un capteur de crue : mesurer en continu la hauteur d’eau, transmettre cette mesure à distance et déclencher une alerte dès que le niveau franchit un seuil défini. Cinq critères permettent ensuite de départager les solutions.
- La technologie de mesure. Une sonde immergée mesure la pression exercée par la colonne d’eau, tandis qu’un radar fixé au-dessus du cours d’eau calcule la distance jusqu’à la surface sans contact avec l’eau.
- La transmission. Les réseaux bas débit comme Sigfox ou LoRa consomment peu d’énergie ; la 4G prend le relais là où ces réseaux sont absents. Certains sites isolés exigent la radio ou le satellite.
- L’autonomie énergétique. Une berge dispose rarement d’un raccordement électrique : un panneau solaire ou une batterie longue durée devient alors indispensable.
- La plateforme et les alertes. Des seuils à plusieurs niveaux, des notifications par SMS et un accès depuis un smartphone conditionnent la réactivité des équipes.
- Le public visé. Une petite commune n’a pas les mêmes besoins qu’un service hydrométrique qui gère des dizaines de stations.
Ces relevés locaux complètent la vigilance nationale publiée sur Vigicrues, qui porte sur le réseau de cours d’eau surveillé par l’État. Les petits bassins versants, souvent exposés aux crues rapides, nécessitent un suivi au plus près du terrain.
1. Agralis Environnement : la station Aquafox et la plateforme Aqualis
Installée à Sainte-Colombe-en-Bruilhois, près d’Agen, Agralis Environnement conçoit et assemble ses équipements en Lot-et-Garonne. L’entreprise s’appuie sur plus de vingt ans d’expérience, acquise à l’origine dans le pilotage de l’irrigation, et développe des solutions connectées d’adaptation au changement climatique pour les collectivités, les bureaux d’études, les syndicats de rivières et les gestionnaires d’ouvrages hydrauliques.
Ses stations Aquafox reposent sur un capteur compact de 3,4 cm de diamètre, logé dans un tube perforé fixé sur la berge et relié par un câble pouvant atteindre 40 m. Elles mesurent la hauteur d’eau jusqu’à 10 m, ainsi que la température et la conductivité (de 0 à 120 mS), qui renseigne sur la qualité de l’eau. Les données sont transmises par Sigfox, LoRa ou 4G, carte SIM incluse, et la station fonctionne sur une batterie rechargée par un panneau solaire.
La plateforme Aqualis est accessible 24 h/24 sur ordinateur, tablette ou smartphone grâce à une application gratuite. Elle gère trois niveaux de seuil (vigilance, pré-alerte, crue), envoie des alertes par SMS et des notifications, affiche les historiques sur 24 heures, une semaine ou un mois et permet l’export vers Excel. Au-delà de la prévention des crues soudaines, le dispositif sert au suivi des étiages, à la gestion des bassins d’orage et des noues ainsi qu’à la piézométrie. Agralis cite 40 capteurs de niveau d’eau déployés en Dordogne et des références comme le SDIS de la Dordogne, la Ville d’Agen ou la commune de Vire.
2. Paratronic : l’acquisition de données pour les réseaux hydrométriques
Fabricant français basé à Reyrieux, dans l’Ain, Paratronic s’adresse aux gestionnaires du cycle de l’eau et des milieux naturels, ainsi qu’aux services chargés de la prévision hydrologique et de la gestion des risques d’inondation et de sécheresse. Son approche est modulaire : des stations d’acquisition (CPL+, MAC, CEMA, LNS) reçoivent les signaux de capteurs variés, qu’il s’agisse de sondes immergées, de transmetteurs de pression, de capteurs aériens, d’échelles limnimétriques, de pluviomètres ou d’interrupteurs à flotteur.
La transmission est multiprotocole (RTC, GSM, GPRS, radio, satellite), avec la possibilité de doubler le modem pour sécuriser l’envoi des données. Côté énergie, Paratronic propose des panneaux solaires et des stations à très faible consommation, annoncées pour plus d’un an d’autonomie sur batterie seule. Son logiciel de supervision SIGMA II, en client léger, affiche les stations sur une carte avec des alertes dynamiques et gère des alarmes à plusieurs niveaux, transmises par SMS ou par courriel. Cette architecture convient surtout aux structures qui exploitent un réseau de mesure étendu et souhaitent croiser niveau, pluie, débit et paramètres physico-chimiques.
3. VEGA : la mesure radar sans contact
Spécialiste de l’instrumentation de niveau, VEGA est représenté en France par VEGA Technique, implantée à Nordhouse, dans le Bas-Rhin. Pour la surveillance des cours d’eau, la marque met en avant son radar VEGAPULS C 21, qui fonctionne à 80 GHz et suit la hauteur d’eau en continu sans être en contact avec elle.
Les mesures remontent vers la plateforme VEGA Inventory System (VIS), consultable 24 h/24 et 7 j/7 depuis un ordinateur, une tablette ou un smartphone, avec archivage de l’historique. Trois niveaux d’alerte paramétrables (vigilance, risque, critique) déclenchent des notifications par courriel et par SMS auprès de contacts définis à l’avance. La commune de Gerstheim, dans le Bas-Rhin, a ainsi équipé un moulin situé sur le Muhlbach pour anticiper les débordements. La documentation consultée ne précise ni le mode d’alimentation ni le réseau de transmission retenus pour cette installation.
4. Ijinus : une gamme étendue pour le suivi de l’eau
Basée à Mellac, dans le Finistère, et rattachée au groupe Claire, la société Ijinus développe des systèmes de mesure autonomes et connectés destinés au suivi de l’eau. Elle est certifiée ISO 9001 et ISO 14001 et intervient sur les eaux de surface, l’eau potable, les eaux usées et le diagnostic des réseaux.
Sa gamme de capteurs de niveau associe plusieurs technologies : le radar LNR06V4, qui communique en radio, 2G ou 4G et existe en version autonome (LNR06V4-LE) ou avec sorties 4-20 mA et Modbus RS485, des capteurs de pression relative (CNR, ou CNRT avec mesure de température) et des détecteurs capacitifs de débordement. Les données sont centralisées sur la plateforme web Ijitrack, qui assure leur hébergement et la gestion des alarmes, puis consultables sur l’application mobile Wiji. Cette diversité intéresse les exploitants qui surveillent à la fois des rivières et des réseaux d’assainissement.
Les quatre solutions comparées en un coup d’œil
| Fabricant | Technologie de mesure | Connectivité | Alimentation | Plateforme et alertes | Public |
|---|---|---|---|---|---|
| Agralis Environnement | Capteur compact de 3,4 cm en tube perforé : hauteur jusqu’à 10 m, température, conductivité | Sigfox, LoRa ou 4G (carte SIM incluse) | Panneau solaire et batterie rechargeable | Aqualis : seuils de vigilance, de pré-alerte et de crue, SMS, export Excel | Collectivités, syndicats de rivières, bureaux d’études |
| Paratronic | Sondes immergées, transmetteurs de pression, capteurs aériens, échelles limnimétriques | RTC, GSM, GPRS, radio, satellite | Solaire ou batterie seule (plus d’un an annoncé) | SIGMA II : carte, alarmes à plusieurs niveaux, SMS et courriel | Gestionnaires de réseaux hydrométriques, prévision hydrologique |
| VEGA | Radar 80 GHz sans contact (VEGAPULS C 21) | Non précisée dans la source consultée | Non précisée dans la source consultée | VIS : trois niveaux d’alerte, SMS et courriel | Communes, exploitants d’ouvrages |
| Ijinus | Radar, pression relative, détection capacitive | Radio, 2G, 4G | Version autonome du radar (LNR06V4-LE) | Ijitrack et application Wiji, gestion des alarmes | Exploitants d’eaux de surface, d’eau potable et d’eaux usées |
Quel capteur de crue choisir pour votre territoire ?
Pour une commune ou un syndicat de rivières qui souhaite surveiller rapidement quelques points sensibles sans raccordement électrique, la station Aquafox d’Agralis Environnement réunit dans un même ensemble la mesure, la transmission bas débit ou 4G, l’énergie solaire et les alertes par SMS. Un service qui exploite déjà un réseau hydrométrique étendu et veut croiser niveau, pluie et débit trouvera chez Paratronic une architecture plus modulaire. Si l’installation au-dessus de l’eau est possible, par exemple sur un pont ou un moulin, le radar de VEGA évite toute immersion de l’appareil. Ijinus s’adresse plutôt aux exploitants qui suivent en parallèle des rivières et des réseaux d’eau potable ou d’assainissement. Dans tous les cas, le suivi du niveau gagne à être complété par celui de la température et de la qualité de l’eau, dont les variations pèsent aussi sur les milieux aquatiques, comme le rappelle notre article sur la pollution thermique et ses impacts sur les écosystèmes aquatiques.